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Autorités énonciatives et espaces de publication et de référencement / Evelyne Broudoux 23 novembre 2006

Posted by MRG in autorité, Broudoux, intervenants.
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(Report d’Urfist-Info – 17 janvier 2006)

La pratique du blogging est-elle compatible avec l’énonciation scientifique lorsqu’elle fait preuve d’autonomie ? Cette question en apparence simpliste prend son sens à la vue des sanctions prises contre des doctorants  suite à des positions publiées sur leur blog , d’où quelques mises en garde . Un espace libre de publication peut favoriser une recherche dégagée des tutelles, forcer la sortie d’un cadre institutionnel qui ne sert quelquefois qu’à nourrir la pensée labellisée d’une autorité et favoriser recherche d’indépendance et autonomie, préalables à des choix librement assumés. Mais cet espace qui sert avant tout à une énonciation personnelle risque de pousser l’étudiant blogueur sur une autre pente, au mieux celle de la dispersion , au pire celle de l’auto-suffisance. Ouvrir un blog personnel et l’alimenter quotidiennement entraîne le blogueur, qu’il le veuille ou non, dans une action d’autopromotion dont il faudra bien apprendre à gérer les conséquences.

Mais le blogging s’inscrit aussi de fait dans une démarche collective (blogosphère, inscription dans une communauté rassemblée par des intérêts partagés) ; la pratique de l’écriture à plusieurs est donc plus fréquente que la renommée des blogs le laisse entendre. Pour un blog d’auteur isolé on trouve trois blogs d’auteurs regroupés (revue, collectif, blog personnel accueillant d’autres blogueurs) ; l’éventail est large et l’on ne peut que conseiller aux apprentis blogueurs de commencer par cette étape, qui offre la sécurité des pairs.

Index de citations et lois du marché

On a l’habitude de mesurer la qualité du travail scientifique à son nombre de publications associé à un score de citations, c’est-à-dire au nombre de fois où les auteurs sont cités par leurs pairs. Ce processus alimente un critère de notoriété basé sur le recueil de données quantitatives et est le socle de l’évaluation des chercheurs, même si par ailleurs, la qualité des contributions reste le premier critère de recrutement des universités.
L’édition scientifique participe activement à ce processus, puisque le « facteur d’impact » d’une revue se mesure à son score de citations, créant de fait une hiérarchie entre supports, dont le classement exerce un effet d’attraction sur les futurs contributeurs.

Malgré la mise en évidence des effets pervers (renvois d’ascenseurs, etc.) de ce comptage et les tentatives pour les dépasser comme celles de l’open access et des archives ouvertes, les index de citations scientifiques dont devenus attractifs et monnayables  [La multiplicité des abonnements offerts par l’ACM jouant sur l’accès à sa bibliothèque en ligne est un indice de cette valorisation (http://www.acm.org)], au même titre que tout autre système susceptible de servir à l’élaboration de statistiques et au référencement (moteurs de notoriété, rss, auto-indexation, etc.).
Aussi, on pourrait se demander quel système de référencement mettre en place qui échapperait aux lois du marché de l’immatériel et qui aurait pour but de contourner les biais de la notoriété.

On a vu que l’économie du web qui se mettait en place ne concernait plus simplement les contenus comme dans les médias classiques (insertions publicitaires avant, après, au milieu d’un article, d’une émission radio ou télévisuelle) mais la façon dont on accède à ces contenus et la manière dont ils sont générés. Leur légitimation ne dépend plus uniquement des instances professionnelles spécialisées mais de la texture des communautés, de l’espace des liens qui les enserrent, etc. La crédibilité n’est plus le fait unique des « porteurs » de vérités, mais émerge entre les densités de liens qui donnent corps aux informations. Ce qui laisse entrevoir qu’il n’y a plus de vérité donnée, mais des vérités multiples : ainsi, la « rumeur », fable de la vérité, n’apparaît plus aussi grotesque, puisqu’elle n’est qu’un de ses multiples aspects.

« Quand nous nous regardons dans un miroir nous pensons que l’image qui nous fait face est fidèle. Mais bougez d’un millimètre et l’image change. Nous sommes en fait en train de regarder une gamme infinie de reflets. Mais un écrivain doit parfois fracasser le miroir – car c’est de l’autre côté de ce miroir que la vérité nous fixe des yeux.»

Si l’on suit Harold Pinter, on pourrait ajouter que l’auteur scientifique, contrairement à l’artiste qui va jouer de ces multiples reflets, est un acteur de la recherche de la vérité réelle.

Un laboratoire documentaire

On l’a vu, avec la pratique populaire du « tagging », chaque internaute est à même d’ordonner le classement de ses informations, signets, etc.  Ce classement ne répond souvent qu’à des besoins transitoires et momentanés et ne prétend pas à l’universalité mais il permet de garder la trace de l’organisation d’une mémoire ou d’un réseau de connaissances et de la partager. Sa valeur est donc heuristique et cognitive. Ce travail de la cognition, rendu visible par de multiples outils du web favorisant un état réflexif chez les utilisateurs , constitue un espace intermédiaire de construction des connaissances par leur classement.

Cette construction permanente de l’espace documentaire par le web pourrait se laisser dessiner comme celle d’un noyau dont le cœur solide serait composé du savoir répertorié par les bibliothèques, dont différentes couches en cours de sédimentation correspondraient aux connaissances en voie de stabilisation, elles-mêmes englobées par les couches plus récentes encore à l’état gazeux, générées par les multiples points de vue créés par le croisement des connaissances.

Evelyne Broudoux
MCF en SIC à l’IUT de Vélizy – UVSQ

Commentaires»

1. Meg - 27 novembre 2006

Thanks for the linklove, but I think you’re really missing the point, both of my experience and of why people blog at all. Yeah, I lost a job because of my blog, but it wasn’t because I did anything wrong, was short-sighted or using flawed logic. It was because the institution I was working for violated my right to freedom of expression.

Also, as a result of my experience, I became sort of a folk hero to a lot of people. I met some great folks I never would have met otherwise, and I got a pretty good-sized readership, which is a nice thing for a writer. The lesson is not, « Hey, you should be afraid to blog because of what might happen to your career. » The lesson is, « Don’t work for somebody who thinks it’s okay to fire people for their thoughts. »


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